La commune de Kétou a abrité, ce 26 juillet 2025, la cérémonie de remise de prix du premier championnat communal de mathématiques, une initiative portée par un groupe de jeunes de l’Union Progressiste Le Renouveau, sous l’impulsion du patriarche Antoine Kolawolé IDJI, parrain de l’événement. Si l’initiative a suscité un élan de fierté et d’enthousiasme, elle a également servi de tribune à un diagnostic sévère sur l’état de l’éducation scientifique au Bénin.
Des résultats préoccupants, un appel à la responsabilité collective
Organisée dans les locaux de l’École Primaire Publique du Centenaire, la compétition a réuni 70 élèves issus des classes de 4e et de 1ère des collèges publics de la commune. À l’issue des épreuves, seuls dix candidats ont obtenu la moyenne, tandis que plusieurs autres ont enregistré des notes alarmantes, certaines proches de zéro. Une cérémonie marquée par des résultats inquiétants et des discours engagés sur l’avenir éducatif et économique du pays.
Prenant la parole, le patriarche Antoine Kolawolé IDJI n’a pas mâché ses mots : « Un seul candidat n’a même pas obtenu 13/20. Cela doit nous interpeller tous. » L’ancien président de l’Assemblée nationale a pointé du doigt la qualité de l’encadrement scolaire, désignant les enseignants comme les premiers responsables de cette « faiblesse extraordinaire », tout en évoquant également la responsabilité parentale :
« Certains n’ont pas eu la chance d’aller à l’école. Ils ignorent sur quoi insister ou non dans l’accompagnement éducatif. » « La faiblesse de l’esprit scientifique, c’est la faiblesse de la société tout entière » Pour le parrain de la cérémonie, l’enjeu dépasse la simple performance scolaire. Il y voit une menace existentielle pour la société béninoise, minée selon lui par la perte de rigueur intellectuelle, l’attrait excessif des distractions numériques et le désintérêt croissant pour les filières techniques.
« Vous donnez une tablette ou un smartphone à un enfant de 5 ans sans encadrement. Ensuite, il passe ses journées sur Facebook, TikTok ou à jouer. Ce comportement crée la dépendance, voire l’esclavage. »
Et de mettre en garde :
« Une jeunesse qui ne sait qu’utiliser, sans comprendre ni créer, sera toujours dominée. »
Une jeunesse engagée : un modèle à soutenir
Face à ce constat, le discours du représentant des jeunes organisateurs, Bonaventure OGOUAYENI, a tranché par son ton optimiste et son appel à la mobilisation :
« Cette compétition, ce n’est pas une simple activité. C’est un acte de foi dans la jeunesse, dans l’excellence et dans l’avenir. »Il a rappelé que l’initiative, inspirée par le patriarche IDJI après une première expérience réussie dans l’athlétisme, visait à stimuler l’ambition, la rigueur et la persévérance chez les élèves. Le concours s’est voulu une émulation locale, incarnée par une équipe de jeunes engagés : « Il faut oser faire confiance à la jeunesse. Pas seulement comme une belle promesse, mais comme une véritable force de proposition et d’action. »
*Témoignage d’un lauréat : reconnaissance et engagement*
Ému, Jean-Jacques NOUGBÉ, représentant des lauréats, a exprimé au nom de ses pairs une profonde gratitude : « Ce prix représente l’aboutissement d’un parcours fait de passion, de persévérance et parfois de doutes. Il est une source de motivation pour aller plus loin. »Il a salué l’engagement du parrain de l’édition, dont le soutien constant a, selon lui, largement contribué à la réussite de l’événement.
Redonner à l’éducation scientifique une place stratégique
Plus qu’une célébration, la cérémonie a été l’occasion pour le patriarche IDJI d’appeler à une réorientation stratégique des priorités éducatives nationales, insistant sur le lien entre maîtrise technique et développement économique :
« Le Bénin ne se développera pas avec des diplômés qui restent au chômage pendant que des plombiers ou des maçons gagnent honnêtement leur vie.»
Et d’ajouter, dans une critique directe des politiques éducatives :
« Ce n’est pas le développement qui crée l’emploi, c’est l’économie. Et une économie forte a besoin de compétences techniques. »Tout en reconnaissant la valeur des sciences sociales et humaines, il a mis en garde contre une société sans base productive :
« Sans savoir-faire concret, nous resterons dépendants.»
Une mise en garde adressée aux enseignants
Enfin, l’ancien parlementaire a lancé un dernier appel, cette fois à l’endroit du corps enseignant : « Si nous ne développons pas l’esprit scientifique chez nos enfants, ils seront nourris demain par ceux qui savent faire quelque chose. »
Avant de clore son propos sur une note d’encouragement :
« Ces jeunes organisateurs ne cherchent pas à devenir députés ou ministres pour se servir, mais ils ont choisi de servir. Et ils l’ont bien fait. »
*Vers une pérennisation de l’initiative*
Saluée par les participants et les autorités locales, cette première édition du championnat de mathématiques pourrait poser les bases d’un programme annuel structurant, à la croisée des enjeux éducatifs, citoyens et économiques. Une dynamique locale porteuse d’un message national : la rigueur scientifique et l’investissement dans la jeunesse ne sont pas des options, mais des priorités.
Ernest LATOUNDJI




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