La cérémonie de passation de charges à la mairie de Pobè, qui devait consacrer la continuité républicaine et la sérénité institutionnelle, a finalement donné lieu à un épisode pour le moins tumultueux. Au cœur de la controverse : le véhicule de fonction du maire sortant, Simon Dinan Adébayo, et l’interprétation des directives administratives encadrant son usage.
Une altercation publique et spectaculaire.
Hier, dans l’enceinte de la mairie de Pobè, et dans la salle de délibération de la mairie l’atmosphère solennelle de la passation de charges a brusquement cédé la place à une vive altercation entre l’autorité de tutelle départementale et le maire sortant Simon Adébayo Dinan . Le préfet, représentant de l’État, a publiquement laissé entendre que le maire sortant opposait une résistance aux formalités administratives exigées pour la restitution définitive de la plaque bleue du véhicule de fonction, conformément aux recommandations issues du Conseil des ministres.
Estimant qu’il y avait manquement, le préfet a aussitôt ordonné à la police de procéder à une réquisition, exigeant du maire qu’il se conforme ipso facto aux prescriptions administratives. S’en sont suivis échanges verbaux virulents, refus d’obtempérer allégué, gestes d’agacement et cris, sous le regard médusé d’une foule nombreuse venue saluer et féliciter l’édile sortant.
La scène, inhabituelle dans un cadre censé incarner la civilité républicaine, a laissé transparaître une tension institutionnelle rarement exposée avec une telle acuité sur la place publique.
Revirement ministériel et imbroglio administratif
Fait singulier : quelques heures à peine après l’incident, le ministre de tutelle a instruit à travers une note circulaire officielle que les maires non réélus puissent continuer à utiliser leurs véhicules de fonction, immatriculés en plaques bleues, pour une période transitoire de deux semaines. Objectif affiché : permettre l’accomplissement des formalités administratives nécessaires et organiser dans les règles la restitution des biens de l’État.Cette décision, intervenue postérieurement à l’intervention policière ordonnée par le préfet, soulève des interrogations sur la coordination des niveaux hiérarchiques et sur l’interprétation des textes en vigueur. Elle a, de facto, donné une tout autre coloration à l’incident de Pobè.
Autorité hiérarchique ou rigidité administrative ?
Au-delà du fait divers institutionnel, l’épisode pose une question de fond : s’agit-il d’un exercice légitime de l’autorité hiérarchique dans le strict respect des règles administratives, ou d’une démonstration d’autorité perçue comme excessive dans un contexte politiquement sensible ?
Dans un État de droit, la tutelle préfectorale sur les collectivités territoriales repose sur un équilibre délicat entre contrôle de légalité et respect de l’autonomie locale. Lorsque cet équilibre vacille, le débat s’installe aussitôt dans l’opinion publique et les opinions deviennent plurielles.
Pour ses partisans, Simon Dinan Adébayo aurait simplement cherché à défendre sa position dans l’attente de clarifications officielles. Pour d’autres, le respect scrupuleux des injonctions administratives ne souffrirait d’aucune interprétation personnelle.
Une fête populaire sous surveillance
Ironie du sort, alors que la polémique enflait, Pobè vibrait d’une ambiance festive autour de son maire sortant. La foule, venue nombreuse lui témoigner reconnaissance et soutien, a assisté à une scène où la police, loin de briller par son absence, s’est retrouvée au centre du dispositif.
Entre célébration populaire et intervention des forces de l’ordre, la journée aura laissé l’image contrastée d’une transition municipale à la fois festive et crispée.
L’appréciation finale appartient aux observateurs avertis de la vie politique locale.
Gouvernance autoritaire ou exigence de discipline administrative ?
L’épisode de Pobè restera sans doute comme l’un des moments marquants de cette séquence post-électorale, révélateur des tensions latentes entre pouvoir local et autorité de tutelle.
Ernest LATOUNDJI