CHRONIQUE
Le business du " bon au lit": un problème de santé publique
Par Ernest LATOUNDJI
À parcourir les réseaux sociaux aujourd'hui, un constat saute aux yeux.Les publicités pour les produits censés améliorer les performances sexuelles occupent une place grandissante. Gélules, sirops, poudres, huiles, tisanes, racines, mélanges aux recettes prétendument miraculeuses... Les offres se multiplient à une vitesse inquiétante, au point de donner l'impression que le médicament le plus vendu de notre époque est devenu l'aphrodisiaque. Le phénomène n'est plus anecdotique. Il est devenu un véritable marché, alimenté par les complexes, les inquiétudes, la recherche de performances et parfois la désinformation. Des vendeurs improvisés, sans qualification médicale, promettent des résultats extraordinaires en quelques heures ou en quelques jours. Les témoignages flatteurs, souvent impossibles à vérifier, servent d'appâts à des consommateurs toujours plus nombreux. Mais derrière ces promesses alléchantes se cache une réalité beaucoup moins reluisante. Qui contrôle la composition de ces produits ? Qui garantit leur efficacité ?Qui répondra des conséquences lorsqu'un consommateur développera une insuffisance rénale, des troubles cardiovasculaires, une atteinte du foie ou d'autres complications liées à la consommation incontrôlée de substances inconnues ?Le plus préoccupant est que beaucoup d'utilisateurs consomment ces produits comme de simples boissons énergétiques, sans consulter un professionnel de santé, sans respecter un dosage et sans connaître les interactions possibles avec d'autres médicaments.
L'obsession de la performance sexuelle finit par prendre le dessus sur la préservation de la santé.Les réseaux sociaux, qui devraient être des espaces de partage de connaissances et d'opportunités, sont malheureusement devenus le terrain privilégié de cette publicité sauvage.Chaque jour, des vidéos en direct, des publications sponsorisées et des messages privés vantent les mérites de produits dont personne ne semble vérifier la conformité. Cette absence de contrôle favorise les abus et expose particulièrement les jeunes à une consommation précoce et dangereuse. Face à cette situation, les campagnes de sensibilisation deviennent une nécessité. Il faut rappeler que la virilité ne se mesure pas à la consommation d'un aphrodisiaque et que les difficultés sexuelles peuvent être le symptôme de problèmes de santé nécessitant un véritable suivi médical.
Les autorités sanitaires ont évidemment un rôle majeur à jouer. Mais la régulation de la communication est tout aussi importante.
La Haute Autorité de l'Audiovisuel et de la Communication (HAAC), qui œuvre déjà à l'assainissement des médias conventionnels, gagnerait à accélérer les mécanismes permettant d'encadrer également les contenus diffusés sur les plateformes numériques. Les réseaux sociaux ne peuvent continuer à être une zone de non-droit où la publicité pour des produits aux effets parfois inconnus prospère sans le moindre contrôle.
La liberté d'expression ne saurait justifier la mise en danger de la santé publique. Réguler ne signifie pas censurer. Réguler, c'est protéger les citoyens contre les pratiques trompeuses et les messages susceptibles de mettre leur vie en péril. Il est temps que chacun prenne conscience que la meilleure garantie d'une bonne santé sexuelle ne réside ni dans une poudre miracle ni dans une tisane aux vertus exagérées, mais dans une bonne hygiène de vie, une alimentation équilibrée, un suivi médical approprié et une information fiable.
À vouloir être "bon au lit" à tout prix, certains risquent malheureusement d'y laisser leur santé. Voilà une performance dont personne ne devrait être fier.








