Le constat est brutal : au concours d’entrée à l’EFPÉEN des élèves inspecteurs, spécialité mathématiques, aucun candidat n’a été déclaré admissible. Zéro. Une page blanche qui en dit long et qui interpelle profondément sur l’état du système éducatif béninois.
Comment en est-on arrivé là ? Comment un pays qui forme chaque année des centaines de bacheliers scientifiques peut-il se retrouver sans aucun profil jugé apte à poursuivre vers l’inspectorat en mathématiques ? Cette situation, loin d’être anodine, met en lumière une crise silencieuse mais persistante : celle de la qualité de la formation et du niveau réel des apprenants.
Ce résultat semble donner un écho troublant aux propos du président Patrice Talon, qui évoquait il y a quelque temps un « désert de compétences ». Une formule qui, à l’époque, avait suscité débats et critiques, mais qui aujourd’hui trouve une illustration concrète et difficilement contestable.
Faut-il en conclure que le Bénin manque désormais de compétences en mathématiques ? La réponse mérite nuance. Les compétences existent, mais elles semblent de plus en plus rares, mal encadrées ou insuffisamment valorisées. Le problème est donc moins celui de l’absence totale de talents que celui de leur formation, de leur encadrement et de leur sélection.
Plusieurs pistes d’analyse se dégagent :
Une baisse du niveau général en mathématiques dès le secondaire ;
Un déficit d’enseignants qualifiés pour encadrer les futurs cadres ;
Des exigences du concours peut-être élevées, mais révélatrices d’un standard nécessaire ;
Un désintérêt progressif pour les filières scientifiques exigeantes.
Dès lors, une question s’impose : combien sont-ils réellement aujourd’hui au Bénin, ces profils capables d’excellence en mathématiques ? Combien peuvent prétendre, sans complaisance, à des fonctions d’inspection et d’encadrement de haut niveau ?
Au-delà de l’émotion suscitée par ce « zéro admissible », c’est toute la chaîne éducative qui est interpellée. Car sans formateurs de qualité, il ne peut y avoir d’élèves performants, et sans relève compétente, c’est l’avenir même du système éducatif qui vacille.
Ce résultat doit donc être compris non comme une fatalité, mais comme un électrochoc. Il appelle des réformes urgentes, une revalorisation des filières scientifiques, et surtout un investissement massif dans la formation des formateurs.
Car un pays ne peut durablement se construire sur un désert de compétences.
Ernest LATOUNDJI

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