jeudi 5 mars 2026

Chronique de Ernest LATOUNDJI.


Réseaux sociaux : quand le virtuel réinvente la vie associative.



Il fut un temps où la vie associative dans nos localités se nourrissait de rencontres physiques, de réunions sous les hangars, dans les maisons familiales ou sur les places publiques. Les associations de développement, les groupements de jeunes, les unions de ressortissants ou encore les tontines constituaient des espaces privilégiés de solidarité, de dialogue et de mobilisation collective. On se voyait, on discutait, on cotisait, et surtout on entretenait des liens humains forts.

Mais depuis quelques années, un nouveau phénomène transforme silencieusement ces dynamiques communautaires : l’irruption des réseaux sociaux dans la gestion de la vie associative.

WhatsApp, Facebook ou Telegram sont devenus de véritables salles de réunion virtuelles. Les groupes créés au nom des villages, des quartiers, des promotions scolaires ou des associations de développement remplacent progressivement les rencontres physiques. 


Désormais, il suffit d’un message dans un groupe pour lancer un appel à cotisation, annoncer un projet communautaire ou organiser une action de solidarité .Dans ces espaces numériques, les contributions financières se mobilisent parfois en quelques heures. Une maladie, un décès, un projet de développement local ou même une simple activité communautaire : les appels à contribution circulent rapidement et les réponses suivent presque immédiatement. Les transferts d’argent par mobile money facilitent davantage cette solidarité à distance.



Fait remarquable : certains membres d’une même association peuvent passer plusieurs années sans se rencontrer physiquement. Pourtant, ils restent actifs, participent aux discussions, prennent part aux décisions et contribuent régulièrement aux souscriptions. Le lien social, autrefois construit autour de la présence physique, s’adapte désormais aux réalités de la mobilité et de la vie moderne.Ce nouveau modèle de solidarité numérique présente des avantages indéniables. Il rapproche ceux qui vivent loin, notamment les membres de la diaspora, qui peuvent désormais participer facilement aux initiatives communautaires. Il accélère la circulation de l’information et rend les mobilisations plus rapides et plus efficaces.

Cependant, cette mutation pose aussi quelques interrogations. La chaleur humaine des rencontres physiques, les débats en face-à-face et les moments de convivialité qui cimentaient autrefois les associations tendent à s’estomper. Le risque existe que la communauté devienne une simple plateforme de contributions financières, au détriment des interactions humaines profondes.

La véritable question est donc celle de l’équilibre. Les réseaux sociaux ne doivent pas remplacer totalement la vie associative traditionnelle, mais plutôt la renforcer. Le numérique peut être un formidable outil de mobilisation, à condition qu’il ne fasse pas disparaître les rencontres réelles, ces moments précieux où se construit véritablement le vivre-ensemble.

Au fond, la technologie n’a pas supprimé la solidarité communautaire ; elle l’a simplement transformée. Et dans un monde où les distances s’allongent et les agendas se remplissent, ces nouvelles formes de coopération virtuelle témoignent d’une chose essentielle : le sens de la communauté, lui, continue de résister au temps.

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